Blogue de la 2e Tournée de la Côte-Nord de Nicolas Boisclair


Encore en tournée sur la Côte-Nord (1)

Après la tournée éclair du début mars décidée sur un coup de tête, je suis de retour sur la côte cette fois c’est uniquement en voiture pour parcourir la Côte-Nord et projeter le film à six nouveaux endroits.

Le principe décisionnel pour la Basse-Côte-Nord a été « c’est maintenant ou jamais car on va manquer de neige  pour la motoneige, seul lien terrestre » .

J’ai donc re-re-revisité le Havre-Saint-Pierre et ses sympathiques Cayens très patients avec moi quoique je leur fait répéter constamment ce qu’ils me disent. Eh oui leur accent typique de leurs ancêtres acadiens est encore bien vivant.

Plus de 100 personnes se sont assises dans le gymnase de l’école secondaire transformé en cinéma pour l’occasion. Des gens qui pour la plupart m’ont dit le désenchantement qui s’est produit dans leur village où le chantier a apporté son lot de désagréments pour plusieurs citoyens alors que d’autres citoyens allaient faire un coup d’argent à contrecoeur en défigurant l’écosystème de leur grande rivière du coin.

Par exemple, certaines femmes qui géraient une garderie en milieu familial ont fermé boutique pour aller travailler sur le chantier de la Romaine, laissant sans gardienne de multiples familles. On m’a raconté qu’une manifestation d’une centaine de villageois a même eu lieu il y a quelques mois pour demander rapidement des places en garderies mais peu de médias se sont déplacés de Sept-Îles. On attend encore les places en garderies et pendant ce temps les familles doivent garder un parent à la maison pour s’occuper des enfants ou encore s’improviser des solutions temporaires.

Un autre exemple : plusieurs m’ont dit que la consommation de drogue, la violence et l’intimidation sur le chantier de la Romaine sont tels que des travailleurs ont tantôt fait la grève, cessé de travailler ou enduré l’environnement de travail malsain parce qu’ils essaient simplement de gagner leur vie. Le quotidien Rue Frontenac en a d’ailleurs relaté quelques histoires sur son site Internet dernièrement. http://www.ruefrontenac.com/affaires/relationstravail/35827-drogue-violence-la-romaine

Mais pourquoi tous ces problèmes ? Un chantier est un milieu isolé, pas une société m’a dit un Cayen. Il n’y a pas de tissus social. On n’est là que pour travailler et comme on fait beaucoup d’heures par semaines, l’argent coule à flot. Certains y voient des occasions en or pour vendre leur marchandise psychotrope.

Un autre travailleur qui travaille sur la Côte-Nord dans une grande entreprise de métallurgie me disait qu’il n’en revient pas que certains banalisent toute cette drogue et les problèmes sociaux l’entourant . Il m’a dit que lui, dans sa « shop » c’est « tolérance-zéro sur les drogues et qu’on va jusqu’à forcer des désintoxications et thérapies pour les fautifs. Ils doivent ensuite les obliger à passer des tests de dépistages pour éviter les récidives ». À mon avis c’est un remède de cheval pour une problématique immense. Mais c’est un remède radical nécessaire, surtout lorsqu’ils sont des centaines à conduire des machines de plusieurs tonnes dans des endroits plus dangereux les uns que les autres. D’ailleurs les décès liés à des accidents de négligence ont eu lieu même sur des chantiers récents comme celui de la dérivation du fleuve Rupert.

Ici au Havre plusieurs redoutent « l’après-Romaine » où l’Eldorado financier sera terminé et où l’économie locale reviendra à elle-même et où les entrepreneurs locaux iront travailler ailleurs faute de contrat pour leur nouvelle machinerie. On reprendra le train-train mais avec une grande rivière en moins.

 

Encore en tournée sur la Côte-Nord (2)

Prochain arrêt : Mingan

 

C’est chez les Innus de Mingan que j’ai ensuite projeté le film. Le village s’appelle officiellement Ekunitshit mais le terme Innus de Mingan ne semble déranger personne tellement la cohabitation semble naturelle et agréable entre la Innus et les non-Innus. Ce n’est pas le cas partout croyez moi. Les cas de commentaires racistes abondent ailleurs sur la Côte-Nord et les échangent peuvent être plutôt froids entre les deux nations. Ailleurs les accusations fusent de toute part sur la responsabilité d’une nation ou d’une autre sur l’épuisement d’une espèce de poisson ou de mammifère, vu la façon de vivre.

Mais à Mingan la paix, du moins en apparence, semble être assez solide et les rapports amicaux.

85 personnes sont venus voir le film lors de deux projections, une en après-midi à l’école secondaire et l’autre à la salle communautaire.

J’ai pu voir aussi les pêcheurs du coin, crabiers et homardiers s’affairer à préparer leurs bateaux pour la pêche qui commençait quelques jours plus tard. Valeureux, ils vont se lancer bientôt dans le golfe pour ramener de quoi nourrir le peuple tantôt dans des mers d’huile* mais aussi parfois en se faisant prendre par des tempêtes où les vagues ajoutent un fort élément de danger à ce travail.

Ils sont plusieurs à se demander s’ils peuvent se fier aux dires d’Hydro-Québec comme quoi les barrages n’affectent pas la productivité marine dans les milieux affectés par les barrages. Comme ils ont connu déjà des baisses dramatiques des stocks de poisson dans le passé, ils savent que l’écosystème est fragile et se permettent de douter de l’adage de Robert Bourassa notre ex-premier ministre qui répétait souvent que « si on ne développe pas (les barages) on gaspille nos richesses car elles continuent de couler en pure perte ».

Personnellement je me dis que les pêcheurs et les chercheurs sur les milieux marins auraient beaucoup d’information à s’échanger, mais malheureusement lorsque le premier travaille 6 jours par semaine pour gagner sa vie le second est à fond dans son projet de recherche sur le terrain. Quand la saison se termine pour le pêcheur le centre de recherche n’est déjà plus ouvert au public et il devient ainsi difficile pour eux d’arrimer la science de l’un avec l’expérience du terrain de l’autre

*Mer d’huile : (mer très calme ou l’eau a une allure d’huile)

Encore en tournée sur la Côte-Nord (3) :

Rivière-Au-Tonnerre

Décidément le chantier la Romaine et son raccordement en mènent large.

Je suis maintenant à plus d’une heure de route à l’ouest du Havre-Saint-Pierre pour présenter le film dans la salle des loisirs et à quelques centaines de mètres de là, bientôt il y aura le camp de travailleurs de la ligne à haute tension, celle du sud qui raccordera l’électricité de Romaine 1 et 2 vers l’Ouest du Québec.

Selon une dame dans le village, il n’y a même plus 200 âmes dans ce village qui a déjà eu une usine de poisson bien vivante. Mais cette coopérative a fermé il y a plus d’une décennie quand les pêcheurs l’ont délaissée pour – m’a-t-on dit – avoir 2 cents la livre plus cher un peu plus loin.

Immédiatement ça m’a fait penser à WallMart où certains vont chercher des économies de 50 ¢ ou de 2$ par ici et par là, mais où les emplois dont de basse qualité et où on menace de fermer boutique si les employés organisent un syndicat. On est loin du pactole pour le reste de la communauté. Ça me fait aussi penser à la chanson « La rue principale » des COLOCS.

Mais Rivière-au-Tonnerre est un magnifique village où il semble faire si bon vivre. On travaille actuellement à développer un bateau taxi pour traverser les touristes à l’île d’Anticosti aller-retour ainsi que de consolider l’offre touristique. Le village fait d’ailleurs partie d’une liste « sélect » de villages-refuges pour les voyageurs sur la Côte-Nord.

Trente personnes sont venues y voir le film « Chercher le courant ».

 

Encore en tournée sur la Côte-Nord (4) :

Rivière-Pentecôte

Rivière-Pentecôte est un village fusionné à Port-Cartier aujourd’hui. Selon les gens du coin on a longtemps exploité le bois qui était dravé sur la rivière et les bateaux venait le chercher sur un grand quai. Mais comme les terres entourant cette rivière étaient des montagnes de sable, la coupe forestière aurait gravement contribué aux problèmes d’érosion et de large pans des immenses collines de sable se sont écoulées au fil des années dans la rivière changeant son cours profondément au point où, à l’embouchure ou a abandonné l’idée du quai où venait les bateaux pour le bois. Malgré les tentatives de creuser le fond de l’eau, le sable revenait semble-t-il toujours remplir le fond et il coûtait trop cher d’entretenir un tel passage navigable

Rivière-Pentecôte est également un village qui a dû décider de l’avenir de sa rivière en 2009 où un référendum s’est prononcé pour la préservation de la rivière donc contre un projet de 33 MW hydroélectrique. C’était la firme Axor* qui voulait développer le potentiel hydroélectrique de la rivière mais les citoyens en ont décidé autrement. Du moins jusqu’à la prochaine fois… parce que comme à Trois-Pistoles, la rivière redevient régulièrement la cible de promoteurs. Sans statut de protection permanent les promoteurs finiront peut-être un jour ou l’autre par épuiser les citoyens qui ne veulent que profiter de ce que leur rivière leur offre naturellement dans son état sauvage.

*Axor a reconnu avoir fait 40 infractions aux lois électorales notamment en utilisant des prête-noms pour financer les caisses électorales du parti libéral et du parti québécois. Malgré tout ils ont obtenu 3 des 13 projets de centrales du récent appel d’offre du gouvernement du Québec.

Encore en tournée sur la Côte-Nord (5) :

Ma lecture de chevet

J’ai eu la chance de rencontrer Ilya Klvana en Minganie sur la Cöte-Nord en 2008. Il fut semble-t-il le premier pagayeur à traverser le Canada au Grand complet dans un seul été. Sa traversée a eu lieu en 1999. Ce n’est qu’à la fin de 2010 que son livre est sorti. Il a fini de transformer ses notes de voyage en livre installé dans son village d’adoption : Mingan.

Originaire de Montréal, Ilya est une force de la nature, un homme des bois fort comme dix. Je lis son livre et je n’en reviens pas du rythme auquel il a avalé les kilomètres dans son expédition en kayak de 9000 KM à travers le Canada, de la Colombie-Britanique en mai 1999 jusqu’à Terre-Neuve en novembre 1999. Époustouflant.

Ilya parle en toute humilité de ses faiblesses, ses craintes, ses joies, ses rencontres. C’est à lire.

Ilya Klvana, Coureur des bois, une traversée du Canada en Kayak, éditions Transboréal, 2010, ISBN 978-2-36157-005-7

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4 Responses to Blogue de la 2e Tournée de la Côte-Nord de Nicolas Boisclair

  1. Tante Louise says:

    Tes reportages nous donnent le pouls de nos concitoyens-nes du Québec au Nord. Très intéressant témoignage.

  2. Tante Louise says:

    Très intéressant document qui nous donne le pouls de ce qui se vit là-bas pour nos concitoyen-nes du Québec!

  3. Tante Louise says:

    Mieux vaut 2 fois plutôt qu’une. la joie de la ligne internet qui coupe!!!

  4. Jacques Lecours says:

    Bonjour j’appel toutes personnes qui se sent concerné par le projet de la ** RIVIERE ROMAINE COTE-NORD ** a venir manifester et a faire connaitre votre interet pour une manifestation contre ce projet qui détruiras beaucoup l’environnement dans ce coin de pays . Une date de manif devrait etre établit pendant le mois de Juin 2011 . Asuivre , Merci a tous ceux qui répondront a ce cri pour préservé notre environnement, M. Jacques Lecours .

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